jeudi 5 mai 2011

Beauté fatale

Une fois n’est pas coutume: j’ouvre cette page avec l’autoportrait d'Alootook Ipellie, un artiste inuit décédé prématurément en 2007. C'est Cléa (une créatrice de marionnettes qui anime comme moi un atelier à l’école de Kangirsuk) qui me l'a fait découvrir.

Alootook Ipellie se disait chamane par son art. Il a écrit sur les rêves et sur cette région de l'arctique dont les paysages me bouleversent.

L’étonnante douceur des formes nous trompe sur la rudesse du climat, sur ces blizzards qui peuvent survenir soudainement et s’avérer mortels. On raconte ici l’histoire d’un homme qui est mort de froid à quelques mètres de sa maison, n’ayant jamais pu l’atteindre tant le blizzard était dense.
 
En remontant le fleuve, on traverse un labyrinthe de glace aux formes meringuées où l’on s’attend à chaque instant à voir surgir l'ours blanc aux griffes longues comme des couteaux.

Une beauté époustouflante qui nous ferait presque oublier que nous sommes mortels.

 

mercredi 4 mai 2011

Up river

C’est à un périple tout à fait exceptionnel que m’ont conviés les professeurs de l’école de Kangirsuk!
 
"Dis-toi que ce que tu vois n’a été vu que par 500 personnes
sur cette terre" me fait remarquer Marc-André. Soit la population de Kangirsuk...


Ce qu’on appelle "up river" est un hameau d’une dizaine de maisons situé le long de la rivière Payne, à trois heures de moto-neige de la ville.

Nous partons le matin, accompagnés d’une enseignante inuite qui nous prête également sa maison pour y passer la nuit.

Les eaux à cet endroit sont particulièrement riches en poisson, en particulier l’omble chevalier sauvage que l’on trouve en grande quantité. La pêche traditionnelle se fait avec quelques ustensiles rudimentaires: un bâton auquel est attaché un fil de pêche avec un hameçon, un foret pour percer la glace et quelques écuelles pour vider les trous de la neige.


Afin de bien attraper les proies, les Inuits posent leurs visages sur le trou et couvrent ainsi l’ensemble de la surface avec leurs capuches. De cette manière, il est aisé de voir passer les poissons sous la glace (qui fait quelques mètres d’épaisseur), tant l’eau est pure.